Jean-Claude Riga, Chevalier des Arts et des Lettres

Le 2 février 2016, l’Ambassadeur de France Madame Claude-France Arnould a remis les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres au réalisateur belge Jean-Claude Riga. La cérémonie s’est déroulée à la Résidence de France, après la projection du film « Ronde de nuit » qui lui a valu en 1986 le grand prix du Festival International de Vidéo et d’Arts contemporains de Montbéliard.

« Cinéaste du réel », Jean-Claude Riga est originaire du bassin sidérurgique liégeois et dès ses premiers films, il porte un regard singulier sur cette région industrielle frappée par la crise. Dans « Ronde de Nuit », il annonce la fin d’une culture. Le film suit pendant trois mois une équipe de travailleurs de la pause de nuit du four à coke d’une usine sidérurgique. Des images brutes, volées à l’oubli dans un lieu où les rapports archaïques entre l’homme et les éléments existent encore. Des témoignages essentiels sur ce qui a fait la vie et la culture d’une région.
Jean- Claude Riga conduit son travail d’observation de manière quasi anthropologique : chaque plan filmé par le cinéaste regarde la réalité mais ne la montre pas. Sa caméra résolument pudique nous invite à voir des réalités sociales, parfois tragiques, avec délicatesse et sensibilité.

Pionnier de l’histoire du documentaire belge au XX siècle, il est proche de Paul Meyer qui sera le point de départ de deux de ses films « Paul Meyer et la mémoire aux alouettes » et « Conversations avec Paul Meyer ». Avec « Simenon et les gens d’en face» (Prix de l’adaptation cinématographique, Villa novo 2005), il suivra en Ukraine la trace de l’écrivain liégeois Georges Simenon, autre excellent observateur des êtres et des milieux sociaux.

Jean-Claude Riga tournera aussi trois ans en Asie du Sud-est et en ramènera « Anak Kelana » (Grd Prix du festival international du film indépendant de Bruxelles 1999) et « Les enfants du Gunung » (Prix des médias, Fondation Kindernothild, Berlin 2001).

En 2010, avec « Haïti, année zéro » et « Haïti, la Terre », – sélectionnés entre autres au Rencontres du Cinéma francophone (Centre Wallonie Bruxelles- Paris), aux Etats généraux du Documentaire (Lussas 2013) et au Festival d’Alès (2014) – il recueille la parole des artistes haïtiens sur les ruines de Port au Prince. Documentaires d’exception, le cinéaste nous révèle une terre en transe, en beauté et une humanité meurtrie qui tente de se reconstruire. Il nous révèle des personnages aux réactions contrastées tout au long d’un parcours pluriel dans la capitale Port-au-Prince.

Les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres viennent récompenser un réalisateur qui a su élaborer progressivement une œuvre à part entière : ample, engagée et ancrée dans la réalité sociale.